Contactez-nous

Introduire la mobilité douce en ville, un challenge impossible ?

20 Fév 2019

Alors que de plus en plus de villes se penchent sur la difficile question d’introduire des solutions de mobilité alternatives au sein de leur politique transports, à Paris, l’offre de vélos en libre-service Vélib’ est à la traîne…

Auparavant géré par JC Decaux, l’offre Velib’ de la métropole du Grand Paris permettant aux usagers d’utiliser moyennant un abonnement des vélos en libre-service passe à l’électrique.

En 2017, le consortium Smovengo remportait l’appel d’offres pour livrer la deuxième génération du Vélib’ en circulation depuis le 1er janvier 2018. Alors que la société s’était engagée à livrer plus de 1 400 stations à la fin du mois de mars 2018, cette dernière n’en avait déployé que 500. Et en 2019, il n’y a toujours que 1 100 stations fonctionnelles.

Aux retards de livraisons se sont ajoutés des problèmes techniques… Matériel défectueux, problème de raccordement électrique, mais aussi des problèmes sociaux quand le personnel responsable de la recharge des batteries s’est mis en grève, suspendant ainsi l’utilisation des vélos électriques pendant plusieurs mois. Cette accumulation d’incidents a fortement freiné le déploiement et l’utilisation du nouveau Velib.

Plus de 40 ans après le lancement du premier concept de vélo en libre-service et après 12 ans de commercialisation de Vélib’ en région parisienne, seulement une quarantaine de villes sont équipées d’une telle solution de mobilité alternative. Comment expliquer les freins au déploiement du vélo en libre-service ?

Les vélos en libre-service, une vieille histoire !

Le concept de vélos en libre-service ne date pas d’hier ! Saviez-vous que son invention remonte à 1965 ? C’est à Amsterdam qu’il a vu le jour. Un groupe d’anarchistes hollandais, appelés « Provo », a lancé cette initiative pour susciter une prise de conscience sur la pollution atmosphérique en mettant à disposition les « Witte Fietsen » ou « Vélos blancs » gratuitement. Ce projet n’a malheureusement duré que quelques jours en raison de l’incivisme des usagers !

Dès lors, sans grand succès, différentes initiatives ont été menées. Par exemple en 1991 au Danemark, en 1996 en Angleterre avec une solution de carte magnétique nominative pour diminuer les vols. C’est finalement à Lyon et en 2005 que l’offre de vélos en libre-service a trouvé un réel écho avec l’adoption de Vélo’v par 10 000 Lyonnais. Ce succès provincial a d’ailleurs poussé Paris à dupliquer le concept avec Velib’, devenant ainsi le premier système commercial de vélos en libre-service. Une réussite suscitant l’intérêt du monde entier !

Et pourtant, quelques années plus tard, en France, le vélo en libre-service se limite toujours à quelques grandes agglomérations. Pour quelles raisons ?

L’incivisme récurrent et l’obsolescence rapide du parc

Vol et vandalisme sont malheureusement monnaie courante pour Vélib’, au même titre que toutes les sociétés proposant des vélos en libre-service.

Par exemple chez GoBee Bike, solution alternative à Vélib’, plus de 3 200 vélos ont été dégradés et plus d’un millier d’entre eux ont été volés ou privatisés. Cet incivisme massif a poussé la start-up hongkongaise à retirer ses vélos du marché français seulement 4 mois après son lancement.

L’impact financier du vandalisme

Les coûts d’entretien sont souvent sous-évalués au lancement et les dégradations fréquentes viennent gonfler la note. Pour maintenir les équipements en état de marche, le budget est vite exponentiel. La principale cause est l’augmentation du nombre d’actes de vandalisme.

Itinéraires cyclables, un enjeu d’urbanisme de taille

Les collectivités territoriales sont au cœur de la réussite du projet : créer des places de stationnement de vélos, sécuriser la circulation des usagers grâce à des itinéraires dédiés et une signalisation adaptée à l’usage du vélo. En France, l’objectif est d’atteindre 22 780 km de réseau cyclable aménagé d’ici à 2030. Or, en 2017, il n’y avait encore que 15 120 km de pistes cyclables. Il reste donc du chemin à parcourir pour égaler nos voisins européens.

D’autant que l’arrivée des vélos en libre-service a provoqué un essor de la pratique du vélo en ville (d’après une étude de l’ADEME). Selon les vendeurs de vélos parisiens, l’arrêt temporaire du service Vélib’ a poussé certains usagers à s’équiper d’un vélo personnel, provoquant une hausse de 30% de leurs ventes.

Bien que le déploiement de l’offre de vélos en libre-service demeure complexe, victime de l’incivisme et dépendante de la politique territoriale, cette dernière a toutefois permis de sensibiliser les citoyens aux mobilités douces, en remettant le vélo au goût du jour !