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« Les dernières mesures en matière de mobilité offrent des avancées considérables mais il reste à renforcer les moyens et la coercition. » – 3 questions à Jérémie ALMOSNI, Chef du service Transport et Mobilité à l’ADEME

31 Jan 2020

Les Clés de la Mobilité donnent la parole à ceux dont l’action et l’expertise façonnent notre mobilité, d’aujourd’hui et de demain. Jérémie Almosni, Chef du service Transport et Mobilité à l’Ademe nous fait part du regard de l’agence qui étudie et accompagne chaque jour l’essor des nouvelles solutions de mobilité et l’évolution des usages des citoyens en la matière.

De votre point de vue, quels sont les principaux freins à une mobilité plus durable qui subsistent dans nos villes ?

Parmi les principaux freins que l’Ademe a pu observer, nous pouvons en citer trois :

  • L’absence ou la carence d’offres disponibles sur certains territoires qui atteste d’une nette fracture territoriale entre les centres-villes, les zones périphériques et les zones rurales.
  • Une méconnaissance des nouvelles solutions existantes.
  • Un ancrage encore extrêmement fort de la voiture dans les habitudes collectives.

En m’appuyant sur les travaux menés par l’Ademe, je parlerais de freins à la mobilité mais aussi à la démobilité. Il s’agit de réduire les déplacements, notamment lorsqu’ils sont inutiles, en ayant recours au télétravail, en revitalisant les centres-bourgs par exemple. La démobilité n’est pas une dégradation du lien social mais une opportunité de combiner économie du déplacement et vitalité des lieux de vie. La réponse des opérateurs ne consiste pas inéluctablement à ajuster l’offre ou à développer de nouveaux modes de mobilité.

En veille permanente, l’Ademe a soutenu l’ObSoco[1] et Chronos[2] dans la réalisation de la 3ème vague de l’Observatoire des mobilités émergentes. Cet observatoire a été conçu en 2014 pour mesurer et suivre le comportement des individus dans leurs pratiques de mobilité. L’enseignement à retenir cette année est que l’environnement est désormais l’un des principaux facteurs de motivation pour une mobilité plus propre, à condition de disposer de moyens alternatifs pour abandonner la voiture.

Comment l’Ademe accompagne les entreprises et les collectivités dans l’expérimentation de nouvelles solutions ?

Le rayon d’action de l’Ademe couvre un large spectre que nous pouvons résumer en quatre familles d’actions :

  • Connaissance/apport d’expertise : l’agence mène des enquêtes et évaluations des mobilités émergentes et technologies en cours, afin d’informer les acteurs économiques, publics et privés. A titre d’exemple, les services librement organisés par autocar ont été analysés afin de s’assurer qu’ils ne venaient pas capter des parts modales du transport collectif ou ferroviaire pour éviter les effets rebonds négatifs. Cette famille d’actions comporte également l’ensemble des actions de recherche et de développement. Nous travaillons en ce moment sur les qualités de l’air dans l’habitacle d’un véhicule et les particules hors échappement par exemple.
  • Financement de projets : l’Ademe lance des appels à projets et des appels à manifestation d’intérêts pour accompagner la mise en œuvre de nouveaux services. Citons par exemple le co-voiturage solidaire mis en place à l’échelle d’une communauté de communes, le déploiement du vélo dans les zones moins denses, etc.
  • Accompagnement à la mise en place des politiques publiques par la mise en œuvre d’exercices de planification, de stratégies locales ou nationales. Tout particulièrement, la loi d’orientation des mobilités adoptée fin 2019 nous demandera d’agir aux côtés des territoires et autorités organisatrices pour faire de la mobilité du quotidien une mobilité durable et accessible au plus grand nombre.
  • Campagne de sensibilisation et de pédagogie pour provoquer des prises de conscience, changer les comportements des acteurs publics/privés et du grand public, et donner les clés de lecture aux décideurs.

Quel regard portez-vous sur les dernières décisions politiques en matière de mobilité ?

L’Ademe est globalement satisfaite de la démarche engagée dans le cadre de la loi d’Orientation des Mobilités (LOM). En effet, il y a eu une importante phase de concertation, engagée dès 2017 avec les assises de la mobilité. Ces échanges ont permis de collecter de nombreuses suggestions pour nourrir le projet de loi. Sur le fond, la loi donne des orientations intéressantes, par exemple en termes de gouvernance de la mobilité et de suppression des zones blanches, en renforçant le rôle des régions comme cheffes de fil de la mobilité. Nous pouvons cependant regretter le manque d’ambition et de moyens alloués aux collectivités pour intégrer ces nouveaux services aux côtés des activités qu’elles avaient l’habitude de gérer en matière de transport régulier.

Nous pouvons également nous réjouir des avancées considérables obtenues sur l’ouverture des données avec la possibilité pour les collectivités d’acquérir des informations essentielles afin d’assurer le développement de l’offre de transports en commun. Elles leur permettent de s’inscrire dans une logique servicielle, en assurant à la fois une dématérialisation de l’accès à l’offre et la multimodalité des services.

La volonté d’accélérer le verdissement en arrêtant la vente de véhicules utilisant des énergies fossiles à l’horizon 2040 doit également être saluée. A ce sujet, le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), dans un de ses rapports, a placé le verdissement des véhicules en troisième position, derrière la réduction des déplacements et le report modal vers des modes plus favorables à l’environnement.

Enfin, dans le cadre de la dernière loi de finances, un débat a été engagé sur la taxe carbone. Il est à ce stade prématuré de s’exprimer sur le sujet puisqu’une convention citoyenne y travaille. Cela va être intéressant de voir ce qu’observe les citoyens et d’étudier leurs propositions pour mettre en œuvre une fiscalité juste et équitable. A ce sujet, l’Ademe a proposé que soit intégrée dans le calcul du bonus/malus une indexation plus forte des externalités du véhicule pour convaincre les acquéreurs de choisir des modèles moins émetteurs. L’accompagnement progressif sur la levée des niches fiscales est enfin un vrai sujet. De nombreuses filières comme le transport routier, la pêche, l’agriculture, veulent être pleinement actrices de cette transition mais elles ont besoin d’être accompagnées.

 

A PROPOS DE JEREMIE ALMOSNI

Ingénieur en génie énergétique et environnement, Jérémie Almosni exerce d’abord au Lawrence Berkeley National Laboratory (étude des polluants secondaires dans l’air intérieur californien). Il passe ensuite quatre années dans le domaine de l’exploitation des réseaux d’énergie puis quatre autres au sein de la stratégie de GRDF sur le biométhane et le gaz naturel pour véhicules (GNV).

Il rejoint l’Ademe début 2018 à la tête du service « Transport et mobilité », qui accompagne les collectivités et entreprises à accélérer la transition énergétique dans ce secteur.

 

A PROPOS DE L’ADEME (AGENCE DE L’ENVIRONNEMENT ET DE LA MAITRISE DE L’ENERGIE)

L’ADEME participe à la mise en œuvre des politiques publiques dans les domaines de l’environnement, de l’énergie et du développement durable. Afin de leur permettre de progresser dans leur démarche environnementale, l’Agence met à disposition des entreprises, des collectivités locales, des pouvoirs publics et du grand public, ses capacités d’expertise et de conseil. Elle aide en outre au financement de projets, de la recherche à la mise en œuvre et ce, dans ses domaines d’intervention. Pour plus d’information, vous pouvez suivre le compte Twitter @ademe ou visiter le site internet https://www.ademe.fr.

 

 

[1] L’Observatoire Société et Consommation (L’ObSoCo) est une société d’études et de conseil en stratégie.

[2] Chronos est un cabinet d’études sociologiques et de conseil en innovation qui observe, interroge et analyse l’évolution et les enjeux des mobilités.