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« Nous devrons changer de technologie pour généraliser le véhicule électrique » – 3 questions à Laurent HUBARD, PDG et fondateur de Tiamat Energy

3 Mar 2020

Les Clés de la Mobilité donnent la parole à ceux dont l’action et l’expertise façonnent notre mobilité, d’aujourd’hui et de demain. Laurent Hubard, PDG et fondateur de Tiamat Energy, nous détaille les évolutions à venir des batteries pour véhicules électriques : un changement de technologie sera indispensable à la massification du véhicule électrique. Et ces évolutions impacteront jusqu’à notre utilisation même de la voiture individuelle.

Quels sont les progrès les plus accessibles à court terme pour les batteries électriques et les véhicules qu’elles alimentent ?

Nous devrons changer de technologie de batterie si nous voulons généraliser le véhicule électrique. En effet, nous atteignons les limites de la technologie lithium-ion. Elle a permis les récents progrès en matière d’autonomie des véhicules électriques, mais ce type de batteries n’a plus que 10% à 20% de marge d’autonomie supplémentaire, à taille constante. Nous arrivons au terme d’une première course à l’autonomie entre les constructeurs, qui voulaient à tous prix répondre au « stress de la panne » des conducteurs.

Donc, pour franchir le cap symbolique des 1.000 kilomètres d’autonomie par recharge, tout en gardant un volume de batterie raisonnable, la majorité des recherches s’orientent vers les batteries « tout solide » (solid state en anglais). Mais, aucun fabricant n’est aujourd’hui capable de fournir ces batteries en série, ni même sous forme de prototype : cette technologie ne fonctionne pas encore, et quand ce sera le cas, une telle révolution ne nous dispensera pas de penser différemment notre mobilité.

Allons-nous donc devoir utiliser différemment le véhicule électrique ?

Les constructeurs et les pouvoirs publics doivent le plus rapidement possible accomplir leur devoir de pédagogie vis-à-vis des conducteurs. En effet, nous ne pouvons plus produire ni utiliser nos véhicules électriques avec le même prisme que celui du véhicule thermique : nous gâchons des ressources et ne pourrons pas atteindre de cette manière nos objectifs de réduction d’émissions de CO2. De fait, nous produisons aujourd’hui des batteries trop grosses, donc trop lourdes et trop consommatrices de matériaux, et qui se rechargent lentement. L’industrie essaye de donner un maximum d’autonomie, parfois plus de 500 kilomètres par recharge… à des conducteurs qui, pour la plupart, ne parcourent pas plus de quelques dizaines de kilomètres par jour !

Demain, nous devrons plutôt développer des batteries capables de se recharger très rapidement, avec une autonomie plus « faible » – entre 200 et 300 kilomètres – en réalité plus conforme à la réalité des usages. Nous avons besoin de batteries plus puissantes, donc, et aussi plus respectueuses de l’environnement dans leur fabrication. C’est pourquoi Tiamat Energy développe des batteries sodium-ion, qui pourront être fabriquées en France et avec une matière première beaucoup plus universelle et écoresponsable que les ressources courantes du Lithium-ion.

Et, en parallèle, il faudra informer massivement les usagers pour qu’ils intègrent ce qu’est un véhicule électrique, comment l’utiliser, etc. Aujourd’hui, pratiquement tout le monde se représente ce que l’expression « mon véhicule consomme 7L/100 km » signifie : nous aurons réussi la transition lorsque l’expression « mon véhicule consomme 15kWh/100 km sera tout aussi universelle. Ceci sans compter l’investissement nécessaire dans les réseaux de recharge rapide : il n’est plus concevable qu’un véhicule ait besoin de 4 heures pour se recharger sur une borne publique.

Quelle place pour le véhicule électrique dans 5 ou 10 ans ? Les progrès des batteries pourraient-ils lui permettre de concurrencer le véhicule thermique ?

Dans 5 à 10 ans, le véhicule entièrement thermique s’effacera des ventes de véhicules. Ce qui ne veut pas dire que nous atteindrons le 100% électrique : l’hybride et l’hydrogène seront essentiels pour satisfaire les besoins de mobilité des citoyens ruraux et périurbains.

Globalement, les progrès technologiques des batteries ne pousseront pas autant à cette transition que la volonté publique : aujourd’hui, ce sont bien les normes imposées par l’Union Européenne et ses États-membres qui amènent les constructeurs à électrifier massivement leurs gammes et investir dans le développement des batteries. Comme nous l’évoquions, cette volonté publique devra aller jusqu’à la construction de réseaux massifs de bornes de recharge et comprendre un volet d’éducation des conducteurs. Il ne s’agit pas que de faire évoluer les technologies ou les normes : réduire l’impact environnemental de la mobilité implique bien de revoir les usages.

 

A PROPOS DE LAURENT HUBARD

Laurent Hubart a fondé Tiamat Energy en 2017, et depuis reçu le prix de l’Entrepreneur de l’année 2019, dans la catégorie « Born Global » en région Nord de France (décerné par EY). De formation scientifique, diplômé de l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris (ESPCI), complété de l’Ifpen, Laurent Hubard a débuté chez Renault-Nissan avant d’intégrer L’Oréal et de créer une première start-up à succès, Bloomoon.

 

A PROPOS DE TIAMAT ENERGY

Fondée à Amiens, Tiamat Energy développe et fabrique en France des batteries électriques innovantes à partir d’une technologie sodium-ion unique et brevetée. Ces batteries sont conçues à des fins de mobilité et de stockage de l’énergie. La première ligne de production de ces batteries doit voir le jour près d’Amiens en novembre 2020, avec une première capacité de 10 à 20 MWh. Pour plus d’information, vous pouvez suivre le compte Twitter @TiamatEnergy ou visiter le site internet http://www.tiamat-energy.com/.