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« C’est certain, le vélo va prendre une place prépondérante dans les dix années à venir » – 3 questions à Virgile Caillet, Délégué général d’Union Sport & Cycle

5 Mar 2020

Les Clés de la Mobilité donnent la parole à ceux dont l’action et l’expertise façonnent notre mobilité, aujourd’hui et demain. Virgile Caillet, Délégué général d’Union Sport & Cycle (USC), dresse un premier bilan des dernières semaines de perturbations dans les transports en commun et analyse les mesures législatives prises dans le champ des nouvelles mobilités. Convaincu que le vélo occupera une place prépondérante dans les prochaines années, il porte un regard critique, notamment sur les infrastructures.

Pouvez-vous dresser un premier bilan des dernières semaines de perturbations dans les transports en commun ? Quels impacts sur les comportements des usagers, notamment vis-à-vis du vélo ? Selon l’USC, est-ce que ces grèves permettront de faire du vélo un moyen de transport quotidien ?

L’Union Sport & Cycle (USC) a tiré deux premières conclusions quant à l’impact des perturbations dans les transports en commun sur les habitudes des français en matière de déplacements :

Tout d’abord, nous avons observé une démocratisation globale du vélo. Ce dernier a fait l’objet d’une importante campagne de promotion par ses défenseurs, largement relayée par les médias. Tous les compteurs installés dans les villes ont explosé, signe d’un véritable engouement populaire. Le deuxième constat est la reprise du vélo, pour ces Français qui l’avaient un temps délaissé. La fréquentation des magasins de cycles à Paris et dans les grandes zones urbaines a décollé. Nous notons aussi l’augmentation des ventes de pièces et accessoires, ou l’achat de produits complémentaires (casques, cadenas).

Mais, la hausse des ventes de vélos n’est pas encore significative. Beaucoup de Français ont en effet redécouvert ce mode de déplacement à l’occasion des grèves : ils ont donc privilégié les vélos en location longue durée ou en libre-service. Aussi, la durée de la grève étant incertaine, il a été difficile pour les utilisateurs de passer le cap et d’acquérir leur propre vélo. Il s’agit d’un processus de maturation longue et nous attendons donc un pic de vente au retour des beaux jours. La grève a permis aux Français de mesurer les nombreux avantages du vélo : économies, gain de temps, bénéfices pour la santé et la planète.

Paradoxalement, l’industrie française du cycle est actuellement fragilisée par la grève des dockers, malgré son renouveau grâce à l’émergence du vélo à assistance électrique. Si les vélos sont assemblés en France, la majorité des pièces arrivent d’Asie par conteneurs. Depuis plusieurs semaines, elles sont bloquées au niveau du port du Havre. Les industriels français y sont forcément attentifs et espèrent un dénouement rapide pour retrouver la belle dynamique engagée par le secteur ces dernières années.

Les ventes de vélos à assistance électrique ne cessent d’augmenter. Est-ce que les dernières mesures comme le forfait mobilité y participent et vont-elles assez loin ?

C’est plus qu’une simple augmentation des ventes. Nous y voyons une « innovation de rupture », c’est-à-dire un phénomène qui va bouleverser le marché. Aujourd’hui, le vélo à assistance électrique (VAE) représente déjà 13% en volume du marché français et 40% en valeur. Presque 350.000 VAE ont été vendus en France en 2018 (+21% par rapport à 2018, 2017 ayant connu une progression de 90%). Les perspectives sont très bonnes puisque l’on estime qu’en 2024, un million de vélos à assistance électrique sera en circulation.

D’ailleurs, les dernières mesures législatives participeront à la prise de conscience collective de l’utilité du vélo. Nous attendons avec impatience la promulgation des décrets d’application pour que les mesures telles que le forfait mobilité voient enfin le jour. Evidemment, lors des débats sur la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM), nous espérions aller plus loin, mais il faut saluer les avancées. Pour la première fois, la France se dote d’un plan national vélo ! Et les prochaines élections municipales font du vélo un vrai enjeu électoral. Il y a donc une conjonction des facteurs. C’est certain : dans les dix années à venir, le vélo va prendre une place prépondérante.

L’autre mesure intéressante prévue par la loi LOM est la création d’un fichier d’identification des vélos : l’un des principaux freins à l’achat d’un vélo, c’est le vol ou la dégradation ! Or, chaque année, sur plus de 400.000 vélos volés, on en retrouve plus de 100.000… sans savoir à qui les rendre. Ce fichier sera donc plus dissuasif pour les voleurs et les receleurs, et permettra aux assureurs d’être plus offensifs et compréhensifs. L’Union Sport & Cycle assurera la gestion de ce fichier, en partenariat avec la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB).

Quel regard portez-vous sur les infrastructures (pistes cyclables, parking, etc.) mises en place dans les grandes villes pour améliorer le développement du vélo ? Et dans les zones rurales, quels accompagnements pour quels usages ?

La France accuse un retard considérable en matière de pistes cyclables et voies cyclables. Autre volet sur lequel notre pays n’est pas au rendez-vous : les équipements de proximité (parkings sécurisés, bornes de nettoyage, de recharge et de maintenance pour les VAE). C’est un territoire quasiment inexploité aujourd’hui. 350 millions d’euros vont être débloqués, sur 7 ans, dans le cadre du plan national vélo. Nous espérons que cela permettra aux collectivités de s’emparer de ces sujets.

En France, la plupart des villes ont été pensées pour la voiture et ne sont pas adaptées aux mobilités douces. Dans les grandes villes comme dans les zones rurales, pour faire du vélo un vrai mode de transport, la prise de conscience doit se poursuivre à la fois au niveau national (avec des mesures législatives et réglementaires) et local (avec le développement des infrastructures).

 

A PROPOS DE VIRGILE CAILLET

Virgile Caillet est délégué général de l’Union Sport & Cycle, syndicat professionnel d’entreprises de la filière du sport, des loisirs du cycle et de la mobilité active. Après avoir été Directeur général adjoint de la Fédération Française d’Athlétisme, il avait été nommé en 2012 Directeur de KantarSport, institut d’étude dédié à l’économie du sport, pôle d’expertise sponsoring du groupe Kantar Media. Diplômé de l’école de gestion ECCIP, il avait auparavant travaillé à l’élaboration de la stratégie sponsoring et promotion de la marque Asics. Il est par ailleurs Administrateur de l’Agence nationale du sport et membre du Bureau de la filière de l’économie du sport.

 

A PROPOS D’UNION SPORT & CYCLE

L’Union sport & cycle est la première organisation professionnelle du secteur sport. Elle fédère 1.400 entreprises, plus de 500 marques, 3.000 points de vente qui réalisent 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé et emploient 80.000 salariés. Elle a pour principal objet la représentation officielle et la défense des entreprises du secteur économique du sport, des loisirs, du cycle et de la mobilité active. Pour plus d’information, vous pouvez suivre le compte Twitter @UNIONs_c ou visiter le site internet https://www.unionsportcycle.com/fr/accueil.