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« La première vague électrique est attendue à partir de 2022 » – 3 questions à Xavier Mosquet, Senior Partner & Managing Director au Boston Consulting Group

29 Avr 2020

Les Clés de la Mobilité donnent la parole à ceux dont l’action et l’expertise façonnent notre mobilité, d’aujourd’hui et de demain. Xavier Mosquet, du Boston Consulting Group, indique que le véhicule électrique deviendra une tendance de masse à partir de 2022. Aujourd’hui, les investissements des constructeurs n’ont pas encore porté tous leurs fruits, et la plupart des acheteurs en attendent une rentabilité plus intéressante.

Doit-on s’attendre à une « vague » d’achats de véhicules électriques à court terme ? Qu’est-ce qui accélère ou ralentit son adoption ?

Pour le véhicule électrique, les choses sérieuses commencent à peine : d’ici à 2022, ce sont les consommateurs les plus audacieux qui l’adopteront, en tirant parti des aides gouvernementales. Le coût d’achat et d’usage du véhicule électrique, sans aide, est encore trop élevé pour qu’il soit adopté en masse. Individus ou entreprises, les « audacieux », entre 6% et 9% des acheteurs d’automobiles dans le monde selon nos données, sont en train d’investir dans le véhicule électrique, malgré son coût à l’achat. Ils sont motivés par des objectifs écologiques, le confort, les aides fiscales, etc.

La première grande vague de l’électrique est en réalité attendue pour la période allant de 2022 à 2030. Les investissements des constructeurs automobiles dans les gammes électriques auront eu le temps de porter leurs fruits, le coût des batteries aura diminué et le consommateur sera prêt. Ainsi, ces acheteurs qui sont dans l’attente d’un retour sur investissement plus favorable – au moins 45% des acheteurs d’automobile dans le monde ! – auront alors accès à une offre de modèles suffisante et des conditions d’achat plus avantageuses. En parallèle, les normes d’homologation et de circulation seront peut-être plus strictes encore pour les véhicules thermiques qu’elles ne le sont déjà !

Une seconde vague d’électrification de l’automobile est donc attendue dès 2030 : c’est alors le marché tout entier qui pourrait basculer. Selon nos données, 51% des véhicules devraient déjà être électrifiés en 2030 : la seconde moitié du parc automobile mondial suivra lorsque les acheteurs les plus conservateurs (les 50% que nous n’avons pas encore évoqués) y seront conduits par une presque parité des couts d’achat entre véhicules électriques et véhicules thermiques, ainsi que par des réglementations toujours plus strictes.

Quelles sont les autres tendances majeures que vous identifiez et qui influenceront à court et moyen terme les modes de déplacement des actifs ?

Outre l’électrification de l’automobile, son autonomisation est évidemment une tendance attendue. Mais a-t-on songé à son coût ? Il ne s’agira bientôt plus tant d’inventer la voiture « autonome », quel que soit le degré, que de persuader les consommateurs de l’acheter au bon prix ! Si les constructeurs y parviennent, nous allons au-devant de gains importants en matière de sécurité routière. Par exemple, si tous les véhicules n’adoptaient ne serait-ce que les systèmes de détection en angle mort, de détection des collisions et de maintien en ligne, ce sont, selon nos études, 30% des accidents qui pourraient être évités dans le monde.

Une seconde tendance forte est la mobilité partagée. Mais, soyons réaliste : l’autopartage, le covoiturage, etc. ne répondront à eux tous qu’à 5% à 10% de nos déplacements. La mobilité partagée constituera une optimisation, et non une révolution, qui ira de pair avec la connexion des véhicules. Nous nous dirigeons vers des systèmes tout-en-un, par exemple des applications qui permettent de centraliser l’accès à toutes les formes de mobilité à l’échelle d’une ville, a minima.

Quels conseils donneriez-vous aux entreprises qui veulent réduire le poids écologique de leurs déplacements dans un cadre budgétaire raisonnable ?

Il est beaucoup plus simple pour les entreprises, tous secteurs confondus, de réduire leurs déplacements tout court ! De nombreuses réunions présentielles, peu utiles, peuvent être organisées en visioconférence, les déplacements être concentrés dans le temps, etc. Ajoutons la facilitation du télétravail, et l’objectif de réduction de 30% des déplacements est à portée de la plupart des entreprises.

Ensuite, pour réduire à la fois le poids écologique et le coût des déplacements, les entreprises devraient s’engager plus régulièrement dans le dialogue avec les collectivités locales. En effet, les transports en commun présentent le meilleur compromis entre coût au kilomètre et faibles émissions… à condition d’en saisir le potentiel, aujourd’hui sous-exploité. Or, nous n’attendons pas des collectivités qu’elles étendent des réseaux de bus, trains, métros, etc. déjà très étoffés : les entreprises peuvent donc devenir des acteurs clés dans l’adaptation continue des réseaux de transports en commun, et se charger d’organiser pour leurs salariés le dernier kilomètre. Plus que de grands plans et normes nationaux, les entreprises ont beaucoup plus à obtenir de solutions locales !

 

À PROPOS DE XAVIER MOSQUET

Xavier Mosquet est Senior Partner & Managing Director au sein du Boston Consulting Group. Basé à Détroit, dans une implantation qu’il a cofondée en 2005, il mène l’ensemble des activités internationales de la practice « Automobile » de son Groupe depuis le cœur de l’industrie automobile américaine. Xavier Mosquet a, entre autres, conseillé les gouvernements américain et canadiens, y compris sur des problématiques de fusions et restructuration (Fiat-Chrysler, General Motors, etc.).

 

À PROPOS DU BOSTON CONSULTING GROUP

Le Boston Consulting Group (BCG) est un cabinet international de conseil en stratégie. Fondé en 1963, ses bureaux sont basés dans plus de 50 pays, pour plus de 18.500 collaborateurs. Avec un chiffre d’affaires dépassant les €7,5 milliards, le BCG fait partie du « Big Three » du consulting stratégique. Pour plus d’information, vous pouvez suivre le compte Twitter@BCG ou visiter le site internet https://www.bcg.com.