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« Il n’y aura pas un, mais des véhicules électriques » – 3 questions à Séverine Jouanneau, Directrice du Département de l’Électricité et de l’Hydrogène pour les Transports au CEA-LITEN

16 Juil 2020

Les Clés de la Mobilité donnent la parole à ceux dont l’action et l’expertise façonnent notre mobilité, aujourd’hui et pour demain. Séverine Jouanneau est Directrice du Département de l’Électricité et de l’Hydrogène pour les Transports au sein du Laboratoire d’Innovation pour les Technologies des Énergies nouvelles et les Nanomatériaux (CEA-LITEN). Séverine Jouanneau nous décrit pourquoi une large gamme de véhicules électriques sera nécessaire pour répondre à l’ensemble des besoins de mobilité, et pourquoi ces nouveaux véhicules ne nous dispenseront pas d’une réflexion d’ampleur sur nos réseaux de transport et nos habitudes de mobilité.

 Quelles sont les différents axes de recherche possibles en matière d’autonomie des batteries électriques ?

Il existe au moins trois moyens d’améliorer l’autonomie des batteries, donc des véhicules électriques. Le premier consiste à perfectionner la technologie la plus répandue aujourd’hui, à savoir la batterie lithium-ion. Il est encore possible d’améliorer les composants de ces batteries, donc de gagner un surcroît d’autonomie. Notre laboratoire, le CEA-LITEN, y travaille avec les industriels de la filière.

Mais, la voie la plus propice aux gains d’autonomie à court terme est celle de l’amélioration des systèmes électroniques qui font fonctionner la batterie dans votre véhicule. Le CEA-LITEN est aussi mobilisé à cette fin : nous pouvons gagner jusqu’à 10% d’autonomie en optimisant les lois de gestion de l’énergie contenue dans les batteries lithium-ion.

Ces deux axes de recherche permettront aux batteries électriques de maximiser leur potentiel lors de la décennie à venir. C’est cependant le troisième axe de recherche qui rendra possible la généralisation du véhicule électrique à moyen et long terme : nous avons besoin d’une nouvelle technologie de batterie pour franchir un cap en termes de stockage de l’énergie. Dans cette optique, les batteries « tout solides » semblent être les plus prometteuses. Cette technologie n’est pas encore prête – des années de recherche sont encore indispensables – mais nous estimons déjà que le véhicule électrique pourrait gagner 30% à 40% d’autonomie avec la première génération de batteries « tout solides », et ce sans en augmenter la taille !

Ces progrès technologiques permettront-ils la généralisation du véhicule électrique ?

Tout d’abord, il n’y aura pas un, mais des véhicules électriques. Le véhicule 100% électrique ne répondra pas à 100% des besoins de mobilités. Certes, 80% des automobilistes pourraient s’en satisfaire, puisqu’ils parcourent en moyenne une soixantaine de kilomètres par jour. Mais, quid des autres usages ? Certains gros rouleurs, les véhicules d’entreprise, les vacanciers, ect. ont besoin de rouler plus sans craindre la « panne sèche ». Les constructeurs devront donc s’appuyer sur les progrès de la batterie électrique pour électrifier des véhicules thermiques avec différents degrés d’hybridation, voire même de mixer avec de l’hydrogène, et ainsi proposer un large spectre de motorisations.

Qui plus est, la généralisation du véhicule électrique n’est pas tant une fin en soi qu’un moyen de réduire l’impact environnemental des déplacements. Ne raisonner qu’en termes de progrès technologique, certes fondamental, occulterait une réflexion incontournable sur l’organisation de nos réseaux de transport et nos habitudes de mobilité.

À quelles sphères élargiriez-vous cette réflexion ?

J’en citerais deux majeures, deux parmi tant d’autres. Avant tout, nos réseaux de transport sont à repenser, au moyen d’une volonté politique forte et d’investissements massifs. Nos réseaux ne comportent pas assez de bornes de recharge en vue de la massification du véhicule électrique, et ils rendent de nombreux actifs dépendants de la voiture individuelle. Or, la réduction de l’impact environnemental des déplacements passe par un usage plus raisonné de la voiture en général et par le développement des transports en commun et micro-mobilités dans des zones où ils sont absents ou déficients.

Et à cette volonté de transformer les réseaux de transport doit s’ajouter celle de changer les habitudes. Ne serait-ce que pour le véhicule électrique, par exemple, il existe un frein psychologique aussi important qu’absurde : la quasi-totalité des conducteurs n’a pas besoin de 1.000 kilomètres d’autonomie pour leurs trajets ! Des campagnes de sensibilisation massives, sur ce sujet et bien d’autres, sont à prévoir pour que les habitudes de mobilité changent.

 

À PROPOS DE SÉVERINE JOUANNEAU

Séverine Jouanneau est Directrice du Département de l’Électricité et de l’Hydrogène pour les Transports depuis 5 ans au sein du LITEN. Son unité de recherche mobilise 240 personnes et pour principale mission le développement de solutions innovantes de stockage de l’énergie. Précédemment, Séverine Jouanneau a mené, pendant une quinzaine d’année, des activités de recherche sur les composants (matériaux, électrodes, cellules) et les procédés de fabrication visant à l’amélioration des performances des batteries Li-ion. Docteur et titulaire d’une HDR, elle est auteur de 45 publications et d’une vingtaine de brevets dans le domaine des batteries.

 

À PROPOS DU LITEN (CEA)

Le Laboratoire d’Innovation pour les Technologies des Énergies nouvelles et les Nanomatériaux (LITEN) participe au développement de technologies d’avenir au service de la transition énergétique, en intervenant principalement dans trois domaines : énergies renouvelables, efficacité énergétique et stockage, et synthèse des matériaux. Le LITEN dépend du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) et travaille en permanence avec des partenaires publics et privés, des PME aux multinationales. Plus de 400 contrats de recherche découlent chaque année de ce lien privilégié avec l’industrie.