Contactez-nous

« Remettons le covoiturage à sa place, à sa bonne place » – 3 questions à Patrick Robinson, PDG et cofondateur de Citygo

23 Nov 2020

Les Clés de la Mobilité donnent la parole à ceux dont l’action et l’expertise façonnent notre mobilité, aujourd’hui et pour demain. Patrick Robinson, PDG et cofondateur de Citygo, nous explique pourquoi le covoiturage n’a pas encore atteint son potentiel en France : (mal) pensé comme une solution pour les trajets domicile-travail-domicile, il sera en réalité plus utile aux citoyens pour tous les autres trajets comme alternative aux transports en commun et à la voiture individuelle.

Les études (ADEME, etc.) placent à 3-4% la part modale du covoiturage dans les déplacements des français, contre 10% attendus par les professionnels et pouvoirs publics : comment expliquer cet écart ?

Le covoiturage a été majoritairement promu comme une alternative à l’usage de la voiture individuelle pour les trajets domicile-travail-domicile… alors que son potentiel est dans un premier temps ailleurs ! Certains actifs, ainsi motivés, l’ont essayé pour aller au travail et en revenir : ils ont été incités à reprendre la voiture aux mêmes heures de pointe que les conducteurs « classiques », pris le risque d’arriver en retard, et tenté en vain de rivaliser avec la voiture individuelle et les transports en commun. La première n’a pour l’instant aucun équivalent en zone rurale, et les seconds demeurent les plus fiables et les moins chers en zones urbaines et périurbaines pour les trajets domicile-travail-domicile.

Remettons donc le covoiturage urbain à sa place, à sa bonne place : c’est une solution très attractive pour les autres trajets que les trajets domicile-travail-domicile, de préférence entre les zones périphériques des grandes agglomérations ou vers leur centre. Nous parlons bien d’optimiser 75% des déplacements des Français selon l’ADEME !

Quels sont donc les avantages du covoiturage en zones urbaines et périurbaines ? Et en zones rurales ?

Dans tous les cas, le covoiturage offre plus de flexibilité et de rapidité que les transports en commun. Le covoiturage pallie les « trous » des transports en commun, diminue la facture d’entretien et de carburant de ceux qui n’ont pas d’autre choix que de prendre un véhicule, et divise d’autant les pollutions qu’il y a de covoitureurs par véhicule. Et en zones rurales plus spécifiquement, il réduit considérablement les coûts de déplacements alors que les alternatives à la voiture individuelle sont rares, parfois inexistantes.

En zones urbaines et périurbaines, le covoiturage sera donc le complément idéal des transports en commun qui sont guettés par la saturation et ne peuvent être reconfigurés en permanence pour s’adapter à la demande. En zone rurale, il se trouve évidemment un manque de densité : moins de covoitureurs et plus de trajets à couvrir. Mais, en mobilisant les collectivités et les entreprises dans des réseaux de covoiturage calés sur les principaux trajets et zones d’activité économique, nous pourrions arriver à de grands résultats !

Comment franchir le pas, forts de ce constat ?

Les mesures à prendre sont tout d’abord d’ordres économique et infrastructurel : de nombreuses initiatives menées dans nos territoires peuvent d’ailleurs nous servir d’exemples. Ainsi, Bordeaux et Toulouse multiplient les aires de covoiturage et les facilités de stationnement pour les covoitureurs : si nous accordons des places plus nombreuses et/ou à tarif réduit aux véhicules « verts », pour récompenser une démarche vertueuse, pourquoi ne pas faire de même pour ceux qui divisent leur consommation de carburant et leurs émissions en se regroupant à bord d’un même véhicule ? Pensons aussi à permettre aux covoitureurs d’emprunter les voies autrefois réservées aux bus et que nous sommes prêts à ouvrir aux véhicules électriques, hydrogènes, etc., voire des voies d’autoroutes si les pouvoirs publics en réservent pour d’autres véhicules « vertueux » comme sur la A6 et A1 en Île-de-France ou la A48 à Grenoble.

Enfin, développer une politique d’incitations à l’échelle nationale sera crucial. Aujourd’hui, le covoiturage est en concurrence directe pour les subventions versées principalement aux transports en commun, et son organisation reposerait uniquement sur la bonne volonté des automobilistes si Citygo et ses pairs n’étaient pas mobilisés pour faire évoluer les mentalités ! Nous continuerons donc à innover pour rendre le covoiturage toujours plus accessible et plus sécurisé – c’est notre raison d’être et l’environnement y gagnera beaucoup. Mais, un rééquilibrage des subventions et incitations fiscales sera bientôt indispensable, y compris vis-à-vis d’autres nouvelles mobilités en plein essor.

À PROPOS DE PATRICK ROBINSON

Patrick Robinson a accumulé plus de 15 ans d’expérience dans la commercialisation de startup dans l’univers des services Internet, applications mobiles, réseaux télécoms, énergies renouvelables et la finance acquise à Londres, Paris, Oslo et Amsterdam. Il a occupé différentes fonctions telles que Directeur Business Development, Directeur Général et DAF dans des start-ups innovantes ainsi que de grandes entreprises.

À PROPOS DE CITYGO

Citygo est la première application de covoiturage urbain instantané en France, avec une communauté d’1 million de membres et 18 millions de demandes de trajets courte distance traitées depuis son lancement en 2016. Pour plus d’information, vous pouvez suivre le compte Twitter @Citygo_fr ou visiter le site internet https://www.citygo.io/.