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« Une politique publique d’encouragement à l’installation de stations d’autopartage est indispensable » – 3 questions à Yvon Roche, Directeur de Citiz Provence

1 Déc 2020

Les Clés de la Mobilité donnent la parole à ceux dont l’action et l’expertise façonnent notre mobilité, aujourd’hui et pour demain. Yvon Roche est Directeur de Citiz Provence, pionnier de l’autopartage en France depuis deux décennies. Son expérience montre que le succès de l’autopartage repose sur une bonne coordination avec l’offre locale de transports en commun, ainsi que sur une répartition large et rigoureuse des stations de réservation et de stationnement des véhicules partagés. Selon Yvon Roche, de cette capacité de planification et d’investissement (privé comme public) dépend le succès de l’autopartage comme levier de démotorisation des grandes villes.

Citiz connaît une croissance à deux chiffres depuis plusieurs années à Marseille et Avignon : qu’est-ce qui soutient cette progression de l’autopartage ?

De plus en plus d’habitants du centre de Marseille adoptent l’autopartage parce qu’ils réalisent qu’utiliser leur propre voiture pour leurs trajets domicile-travail n’est plus la meilleure solution. Le stationnement des véhicules est toujours plus onéreux et difficile pour ceux qui entrent et sortent de l’agglomération pour y travailler. S’y ajoutent les embouteillages, les réglementations environnementales qui alourdissent le prix d’achat des véhicules, etc.

Il est donc plus simple, typiquement, de laisser son véhicule individuel au garage la semaine, si ce n’est de s’en passer totalement, pour aller au travail en transport en commun, et de réserver un véhicule en autopartage le week-end ou pour les déplacements qui sortent de l’ordinaire. En effet, les transports en commun et mobilités alternatives se sont fortement développés à Marseille et Avignon, au même rythme que les contraintes de l’utilisation de la voiture. Ainsi, le bouche à oreille fait son œuvre, et 3.000 personnes sont désormais abonnées à Citiz Provence, principalement à Marseille.

L’autopartage peut-il convaincre plus d’utilisateurs dans votre agglomération ? À quelles conditions ? 

À Marseille-Avignon et au niveau national, l’autopartage a encore une importante marge de progression, et les citoyens encore beaucoup à y gagner : un véhicule partagé remplace jusqu’à neuf véhicules individuels ! Ce seront autant d’émissions et d’embouteillages évités, et d’économies budgétaires pour les ménages urbains qui alterneront entre transports en commun et véhicules partagés. Les pouvoirs publics locaux ont donc un équilibre à trouver dans leurs politiques de transports et d’urbanismes : il ne s’agit pas d’interdire les voitures en ville, mais de rendre compétitives et accessibles les mobilités qui permettront à plus de citadins de s’affranchir d’un véhicule individuel dont ils n’ont, pour beaucoup, pas besoin.

En parallèle, l’encouragement à l’installation de stations d’autopartage est indispensable : l’autopartage sans station (« free floating ») est moins encourageant pour les urbains car ne garantit ni place de stationnement attitrée ni réservation à l’avance. L’expérience montre que ces deux facteurs sont cruciaux pour le développement de l’autopartage. La multiplication des stations permettra aussi de convertir plus de citoyens indécis, car la majorité n’y aura pas recours si une station ne se trouve pas à moins de 10 minutes à pieds, comme pour le vélopartage.

Enfin, soutenir financièrement les acteurs qui tentent de rendre l’autopartage accessible augmente radicalement la qualité de service, donc son adoption par les citadins et, in fine, sa pérennité : l’autopartage mobilise beaucoup de capital et engendre naturellement des pertes lors de la phase de démarrage d’un réseau.

Les entreprises marseillaises ont-elles recours à Citiz Provence, et pourquoi ?

Nous avons autant d’utilisateurs professionnels que particuliers parmi nos abonnés. Les entreprises trouvent dans l’autopartage un moyen simple et efficace de remplacer jusqu’à 20% de leurs flottes automobiles ! En effet, une partie minoritaire, dont le coût est néanmoins significatif, des flottes d’entreprise dort sur leur parking le jour mais doit tout de même être entretenue, assurée, etc. L’autopartage est alors parfait pour doter les collaborateurs qui roulent peu et/ou irrégulièrement d’une solution de mobilité aussi efficace qu’un véhicule individuel. Ces véhicules n’ont pas à être gérés par le gestionnaire de flotte, ne pèsent pas sur la trésorerie de l’entreprise ni ses coûts fixes, n’amènent pas à traiter des défraiements lorsque des collaborateurs utilisent leur véhicule personnel pour des trajets professionnels, etc. L’autopartage est une solution tout indiquée pour les « petits rouleurs » professionnels, tandis que les « gros rouleurs » garderont leur véhicule de société.

À PROPOS D’YVON ROCHE

Yvon Roche a fondé Autopartage Provence, aujourd’hui Citiz, dont il est le Directeur. Depuis, il accompagne le développement de Citiz dans d’autres agglomérations française ainsi que d’autres initiatives d’autopartage sur le territoire, en tant que conseil ou Directeur des Systèmes d’Information.

 

À PROPOS DE CITIZ

Fondée en 2002 par des citoyens engagés, Citiz Provence est l’une des premières expériences réussie d’autopartage en France. D’abord connue comme Autopartage Provence, le service s’associe en 2013 à celui fondé à Avignon deux ans auparavant, également par une association. Aujourd’hui, plus de 150 voitures qui sont accessibles à Marseille et Avignon, via un abonnement mensuel. Pour plus d’information, vous pouvez suivre le compte Twitter @ReseauCitiz ou visiter le site internet https://citiz.coop/.